AZ-INFOS TGV- ÉDITORIAL : Le malheur d’Haïti.

En Haïti, elles sont très peu nombreuses, les choses qui étonnent. Pour avoir vu des bœufs se régaler dans la décharge publique de Drouillard sur la route nationale numéro un, des zombis élire un président et un sénateur bomber le torse pour avouer ses relations avec un chef de gang recherché par la Police, on a cru avoir épuisé le stock d’évènements inédits disponibles par pays. Mais on n’était visiblement pas au bout de notre surprise.

On a entendu l’appel à la grève de Clarens Renois vendredi dernier, et on s’était vite dit : « Enfin, voilà un appel qui fera l’unanimité au sein de toutes les couches de notre société livrée à elle-même au bon vouloir des bandits. » On y a fondé tant d’espoir car il survient au surlendemain du massacre de l’impasse Eddy à Carrefour-Feuilles où des innocents ont été victimes des forfaits d’un gang terrorisant la dite localité. Sans parler des victimes de La Saline, de Cité Soleil, de Martissant, de Grand-Ravine, de Petite-Rivière de l’Artibonite et des autres zones du pays qui comptent au quotidien des morts. Bien entendu, il faut ajouter de valeureux policiers à ce nombre. Cette grève ne pouvait être qu’un succès, croyait-on. Mais c’était sans compter avec la mesquinerie et l’individualisme de certains compatriotes.

En effet, on ne s’explique pas comment des automobilistes ont pu choisir de sortir dans les rues alors que les crimes courent bien plus souvent les rues que les domiciles. Peut-être que certains nous diront qu’ils n’ont aucun autre moyen de mettre à manger sur leurs tables. On n’en disconvient pas. Mais que vaut le pain d’un jour d’un individu comparé à des dizaines de concitoyens qui perdent leurs vies au quotidien ? Comment comprendre qu’ils ne se soient pas sentis concernés alors que nul n’est à l’abri ?

On ne s’explique pas non plus le fait que d’autres avancent comme argument le fait qu’il ne se passe jamais rien dans leurs voisinages immédiats pour justifier leur degré d’imbécilité. Ils ne réalisent pas – et ne le réaliseront peut-être que devant le trône, chrétiens qu’ils sont pour la plupart – que l’insécurité est en expansion continue et frappera un jour ou l’autre à leurs portes.

On s’explique encore moins l’appel d’une figure de proue de l’opposition à boycotter cette initiative sous le prétexte tout trouvé de la provenance de l’invitation. Franchement, son silence serait bien plus bénéfique à la République que ses histoires à la noix de leader immaculé du peuple. Quel peuple ? Celui qui ne manque jamais une occasion d’exprimer sa profonde aversion pour ces politiciens rétrogrades dont l’unique but est d’accéder au pouvoir pour continuer les dérives et porter le coup de grâce à une nation mourante ? Monsieur le leader, vous auriez dû supporter l’expression du ras-le-bol populaire. En faisant de l’insécurité du peuple un terrain de lutte pour mesurer vos quottes de popularité, vous confirmez au peuple ce qu’il a perçu il y a fort longtemps : vous vous foutez de lui.

Cette grève, indépendamment de son instigateur, aurait pris partout où l’intérêt collectif passe avant l’individu. Elle aurait servi de catalyseur pour précipiter la chute du règne de la terreur et du grand banditisme. À quand l’assassinat de l’individu, véritable et unique malheur du pays ?

La Rédaction

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